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dimanche 12 avril 2026

THÉOLOGIE PAR LE BAS : QUAND LA MARGE RÉGÉNÈRE LE CENTRE

 




Paolo Cugini

 

La proposition d’une théologie par le bas ne naît pas d’un désir de rupture, mais d’un besoin urgent de fidélité. Si la Vérité n’est pas une découverte archéologique à conserver dans un sanctuaire, mais la Personne vivante du Christ, alors la réflexion théologique doit embrasser le mouvement même de l’Incarnation : un Dieu qui dépossède le centre pour devenir la périphérie.

Le pouvoir, même inspiré par les meilleures intentions religieuses, crée inévitablement des angles morts. Les structures institutionnelles tendent vers la stabilité, la codification et l'uniformité ; des processus nécessaires à la survie, certes, mais qui finissent souvent par anesthésier la capacité d'écoute. Les marges, habitées par les pauvres, les exclus et les chercheurs de sens en quête de sens, qui ne trouvent aucun refuge dans les langues établies, offrent à la tradition les « lunettes » nécessaires pour voir ce que le centre a cessé de percevoir. Elles ne constituent pas une menace pour l'ordre établi, mais une ressource essentielle : elles révèlent les souffrances de la chair et les questions de sens les plus aiguës aujourd'hui. Une théologie qui ignore les marges finit par ne parler qu'à elle-même.

Dans l’Évangile, le Royaume de Dieu ne rayonne pas d’un temple ou d’un palais. Au contraire, il s’épanouit précisément dans l’interstice. Affirmer que la périphérie est le centre n’est pas un paradoxe sociologique, mais un fait théologique fondamental : dans l’Incarnation, en effet, le Mystère n’a pas choisi la magnificence de Rome ni la pureté rituelle du Temple, mais une crèche et une croix hors des murs. Une théologie intégrale cesse d’être une science venue d’en haut, cherchant à se faire entendre. Elle devient une discipline plus humble et, paradoxalement, plus autoritaire car plus humaine.

La dissidence ou la volonté de changement sont souvent confondues avec une attaque contre la foi. Au contraire, questionner la tradition pour lui permettre d'intégrer la diversité des expériences humaines est un acte d'amour profond. Nous aimons l'Église non pas en la momifiant, mais en désirant qu'elle demeure vivante. Comme le pape François l'a souvent souligné, le risque est de devenir une « pièce de musée », belle mais froide. L'objectif de la théologie intégrale est plutôt de créer un « hôpital de campagne », où la vérité se cherche dans les rencontres, dans les souffrances d'autrui et dans la symphonie des voix qui composent le peuple de Dieu.

L’intégration proposée par la théologie d’en bas ne signifie pas syncrétisme, mais pluralisme harmonieux. Une théologie intégrale est capable de reconnaître les germes de la Parole où qu’ils se manifestent ; d’intégrer les exigences de la justice sociale à la spéculation métaphysique ; d’abandonner l’obsession du contrôle au profit d’un dialogue spirituel ouvert. Tel est notre chemin, qui requiert une volonté de nous renouveler et la capacité de discerner les inspirations nouvelles de l’Esprit.

 

 

mercredi 21 janvier 2026

LEVEZ-VOUS ET VENEZ AU CENTRE

 




Paolo Cugini

 

 

Il dit à l’homme à la main paralysée : « Lève-toi et viens ici au milieu ! » (Mc 3,2).

Écoutez, ô peuple, la parole qui résonne dans le désert des siècles : en un siècle où les puissants érigent des murs et où les cœurs se sont endurcis, chassant les faibles et foulant aux pieds les humbles, se lève Celui qui renverse les trônes du monde. Voici, Emmanuel traverse les ténèbres de l’exclusion et, d’un geste souverain, appelle à lui ceux que l’histoire a rejetés comme parias.

« Venez au centre ! » s’écrie l’Esprit. Et les oubliés, les exclus, ceux que les injustices des siècles ont déchirés ne seront plus en marge, mais deviendront la pierre angulaire du Nouveau Temple. Telle est la prophétie accomplie : la communauté qui porte le Nom du Ressuscité sera reconnue à ce seul signe : si, en son sein, les derniers sont devenus les premiers, si le cri des pauvres est devenu le chant de l’assemblée. Mais sachez, ô enfants de lumière, que cet espace sacré n’est pas un don de la chair, mais le fruit d’un feu qui doit brûler au plus profond de nous : la conversion du cœur. Seuls ceux qui acceptent de mourir à eux-mêmes verront naître une communauté qui est un corps vivant et non une institution froide.

Écoutez la voix qui crie dans le sanctuaire de l'Histoire, car un grand mystère vous est révélé : tournez votre regard vers les Écritures et observez les pas du Ressuscité. À chaque théophanie pascale, lorsque les portes se ferment par crainte et que le deuil étreint le cœur des apôtres, Il ne vient pas des côtés, Il n'occupe pas un coin, Il ne se fond pas dans la foule. Il apparaît au Centre. Il est écrit et cela s'accomplit : le Christ, qui a vaincu la mort, est l'axe du monde, le cœur battant de l'assemblée, le pivot autour duquel gravite toute vie rachetée. Mais comprenez, ô chercheur du Mystère, le poids de cette position : ce Centre n'est pas un trône de gloire humaine, mais l'espace que le monde avait déclaré vide. Voici la prophétie qui ébranle les fondements de vos temples : Celui qui fut rejeté par les bâtisseurs, Celui qui fut chassé hors des murs de la ville comme une malédiction, Celui qui est le Rejeté par excellence, revendique désormais la Place Centrale. Sachez-le donc avec certitude : chaque fois que, dans un geste de conversion audacieuse, vous accueillez l’exclu, le délaissé, le rejeté par la société et le placez au cœur de votre communauté, vous n’accomplissez pas un simple acte de philanthropie. Vous célébrez Pâques ! L’exclu qui occupe le centre est le signe sacramentel et mystérieux du Ressuscité parmi vous. C’est la chair blessée de l’exclu qui révèle la gloire du Vivant. Là où le monde creuse des abîmes de séparation, la communauté du Royaume dresse l’autel de l’accueil ; là où le monde relègue aux ténèbres, la Vérité place la lumière. Ne cherchez pas le Mystère dans les hauteurs du ciel ni dans les abstractions de l’esprit : Il s’est caché dans le visage des sans voix. Lorsque le plus humble de la terre sera assis au cœur de votre assemblée, alors et alors seulement pourrez-vous crier :  « Le Seigneur est vraiment ressuscité ! » Car Sa présence ne se manifeste pas dans la puissance qui domine, mais dans le Centre occupé par celui qui, pour le monde, n'était même pas censé exister.

Pourtant, prenez garde : ce mode de vie vous vaudra une condamnation devant les tribunaux terrestres. Vous serez un signe de contradiction, une épée séparant l’ombre de la lumière. Comme le Maître fut persécuté, la haine du monde s’abattra sur vous, car le monde ne tolère pas ceux qui dénoncent les mensonges de ses idoles. Il l’a prédit à l’heure suprême du sacrifice :  « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous »  (Jn 15, 18-21). Le monde, qui se masque de paix et se drape d’une fausse humilité, cache en lui un dragon d’intolérance radicale. Il n’applaudit que ceux qui se soumettent à sa logique de pouvoir. Mais vous, en plaçant les pauvres au centre, vous brandissez la Vérité du Mystère contre l’orgueil des siècles, et le monde tremblera de rage.

N’ayez donc pas peur si la boue de la calomnie et le fer de la persécution marquent votre histoire. Une communauté n’est véritablement évangélique que lorsqu’elle porte les stigmates de son Seigneur. Restez fermes sous le poids de cette haine, sans vous retourner, sans chercher refuge dans les attraits du monde. Votre défi est la persévérance du martyre quotidien, la docilité de ceux qui, chaque matin, tendent l’oreille à la Parole, le seul roc qui ne s’effrite pas au passage du monde.

Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende : la gloire de Dieu resplendit sur le visage du rejeté, et sur ce visage réside le jugement final de la terre.

 

Jusqu'à quand on continuera à appeler normalité ce qui est tout simplement une injustice ?

  Comment on peut demander à quelqu’un de réagir, d’être fort, de persévérer, quand la vie lui présente la note dès qu’il ouvre les yeux : m...