Paolo Cugini
La proposition d’une théologie par le bas ne naît pas
d’un désir de rupture, mais d’un besoin urgent de fidélité. Si la Vérité n’est
pas une découverte archéologique à conserver dans un sanctuaire, mais la
Personne vivante du Christ, alors la réflexion théologique doit embrasser le
mouvement même de l’Incarnation : un Dieu qui dépossède le centre pour
devenir la périphérie.
Le pouvoir, même inspiré par les meilleures intentions
religieuses, crée inévitablement des angles morts. Les structures
institutionnelles tendent vers la stabilité, la codification et
l'uniformité ; des processus nécessaires à la survie, certes, mais qui
finissent souvent par anesthésier la capacité d'écoute. Les marges, habitées
par les pauvres, les exclus et les chercheurs de sens en quête de sens, qui ne
trouvent aucun refuge dans les langues établies, offrent à la tradition les
« lunettes » nécessaires pour voir ce que le centre a cessé de
percevoir. Elles ne constituent pas une menace pour l'ordre établi, mais une
ressource essentielle : elles révèlent les souffrances de la chair et les
questions de sens les plus aiguës aujourd'hui. Une théologie qui ignore les
marges finit par ne parler qu'à elle-même.
Dans l’Évangile, le Royaume de Dieu ne rayonne pas d’un
temple ou d’un palais. Au contraire, il s’épanouit précisément dans
l’interstice. Affirmer que la périphérie est le centre n’est pas un paradoxe
sociologique, mais un fait théologique fondamental : dans l’Incarnation,
en effet, le Mystère n’a pas choisi la magnificence de Rome ni la pureté
rituelle du Temple, mais une crèche et une croix hors des murs. Une théologie
intégrale cesse d’être une science venue d’en haut, cherchant à se faire entendre.
Elle devient une discipline plus humble et, paradoxalement, plus autoritaire
car plus humaine.
La dissidence ou la volonté de changement sont souvent
confondues avec une attaque contre la foi. Au contraire, questionner la
tradition pour lui permettre d'intégrer la diversité des expériences humaines
est un acte d'amour profond. Nous aimons l'Église non pas en la momifiant, mais
en désirant qu'elle demeure vivante. Comme le pape François l'a souvent
souligné, le risque est de devenir une « pièce de musée », belle mais
froide. L'objectif de la théologie intégrale est plutôt de créer un « hôpital
de campagne », où la vérité se cherche dans les rencontres, dans les
souffrances d'autrui et dans la symphonie des voix qui composent le peuple de
Dieu.
L’intégration proposée par la théologie d’en bas ne
signifie pas syncrétisme, mais pluralisme harmonieux. Une théologie intégrale
est capable de reconnaître les germes de la Parole où qu’ils se
manifestent ; d’intégrer les exigences de la justice sociale à la
spéculation métaphysique ; d’abandonner l’obsession du contrôle au profit
d’un dialogue spirituel ouvert. Tel est notre chemin, qui requiert une volonté
de nous renouveler et la capacité de discerner les inspirations nouvelles de
l’Esprit.
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