samedi 3 janvier 2026

Voir l'Esprit



 

Paolo Cugini

 

Celui sur qui vous verrez l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui qui baptise du Saint-Esprit (Jn 1,33).

Une question accompagne chaque pèlerin de l'âme : comment percevoir l'Esprit ? Nous sommes plongés dans un monde de signes, d'événements qui se déroulent sous nos yeux, mais combien de fois nous limitons-nous à la surface du visible, ignorant ce qui vibre au-delà du voile de la matière ? Le mystère de la vision de l'Esprit nous interpelle profondément : est-elle réservée à quelques élus, ou chaque homme est-il appelé, dans le silence de son cœur, à scruter l'invisible ? L'Écriture nous offre une clé pour comprendre une scène d'une rare puissance : sur les rives du Jourdain, Jean-Baptiste entrevoit ce que beaucoup ne voient pas, une colombe descendant et se posant sur Jésus, signe tangible d'une réalité invisible. C'est là que la dimension spirituelle s'incarne et que le visible se transfigure en révélation.

La figure du Baptiste se dresse comme une sentinelle entre l'Ancien et le Nouveau Testament, homme du désert et de la Parole, voix qui s'élève dans l'aridité d'un monde endormi. Alors que Jésus s'apprête à recevoir le baptême, Jean est témoin d'un événement unique : « Je vis l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui » (Jn 1, 32). Dans cette colombe, signe humble et paisible, Jean reconnaît la présence du Saint-Esprit. Ce n'est pas une vision physique qui lui permet de saisir ce mystère, mais une disposition intérieure, une longue attente dans le silence et l'écoute. Il est capable de discerner le sens caché derrière le signe, et à cet instant, le matériel s'ouvre au spirituel comme les cieux s'ouvrent sur une nouvelle création.

La différence entre ceux qui vivent superficiellement et ceux qui recherchent le sens profond des événements réside entièrement dans la qualité de leur regard. Combien, parmi la foule massée au bord du Jourdain, n'ont vu qu'une colombe qui s'envolait ? Pourtant, Jean, homme habitué à déchiffrer les signes des temps, y discerne une signification plus profonde. Voir l'Esprit est un art qui exige un regard purifié, capable de voir au-delà des apparences et de s'émerveiller de ce qui échappe à la logique humaine. La matière n'est alors plus un obstacle, mais une porte : le simple événement devient révélation, l'ordinaire se métamorphose en extraordinaire pour ceux qui cultivent un regard spirituel.

Mais comment atteindre de telles profondeurs ? Le chemin ne passe ni par la curiosité, ni par la recherche frénétique de signes spectaculaires. C'est plutôt un chemin de contemplation, d'écoute, de patience. L'exploration intérieure est la forge où le regard s'affine ; c'est dans le silence du cœur que l'on apprend à reconnaître la voix subtile de l'Esprit. Seuls ceux qui descendent au plus profond d'eux-mêmes, ceux qui osent s'aventurer dans le désert intérieur, peuvent saisir le langage secret par lequel le Mystère se communique à travers l'histoire. Il nous faut faire une pause, attendre et laisser la réalité se révéler dans sa vérité la plus profonde.

Jean-Baptiste n'a pas improvisé sa capacité à percevoir l'Esprit. Sa vie de sobriété, le silence cultivé dans le désert, le renoncement à tout ce qui distrait l'esprit, sont le terrain d'entraînement où son regard s'affine. La tradition spirituelle nous rappelle que le silence est le berceau des révélations et que seuls ceux qui savent vivre l'essentiel, sans se laisser submerger par le tumulte du monde, peuvent percevoir le souffle léger de l'Esprit. Le désert, dans sa nudité, enseigne le chemin du dépouillement : dépouillés du superflu, nous apprenons à reconnaître ce qui compte vraiment. C'est là que la réalité se révèle dans toute sa transparence et que chaque événement peut devenir un signe de la présence de Dieu.

Cette capacité à percevoir l'Esprit ne se limite pas à l'époque biblique. Aujourd'hui, au cœur de nos villes bruyantes, dans les replis de la vie ordinaire, ce même mystère demeure. Combien de fois, derrière une rencontre inattendue, une parole de consolation, un geste de bonté, se cache la caresse de l'Esprit ? Pour saisir sa présence, nous devons apprendre à lire les événements d'un œil nouveau, à interpréter la réalité non seulement à l'aune des faits actuels, mais aussi à la lumière d'une histoire sacrée qui continue de s'écrire. Le défi est de ne pas se laisser aveugler par la frénésie, mais de faire place dans notre quotidien au silence, à la réflexion et à l'émerveillement. Ainsi, même les situations les plus banales peuvent se transfigurer en rencontres avec le divin.

En définitive, percevoir la présence de l’Esprit n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un appel universel. C’est un chemin qui exige courage, patience et humilité. L’Esprit souffle où il veut, mais seuls ceux qui s’ouvrent aux profondeurs de leur âme peuvent accueillir son passage. Nous sommes invités à nous laisser interpeller par les événements, à méditer en notre cœur sur chaque signe et à ne pas nous contenter de la superficialité. C’est dans les profondeurs de notre être que se joue le jeu de la foi, et seuls ceux qui cherchent avec sincérité peuvent recevoir le don de la vision qui transforme la vie. Comme l’écrivait un père spirituel : « Là où le cœur s’agite, Dieu murmure ses secrets. » Puisse donc notre regard toujours scrutateur, capable de discerner l’Esprit qui se cache dans les replis du quotidien et qui élève la réalité vers le ciel.

 

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