mardi 27 janvier 2026

AU-DELÀ DU SANG

 



 


Paolo Cugini

 

Voici ma mère et mes frères ! Car quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère (Mc 3,35).

En vérité, je vous le dis : ne faites pas d’une seule chair et d’un seul nom votre idole éternelle. Les murs de la maison de votre père ne sont pas les limites du monde, ni le sang qui coule dans vos veines une chaîne qui retient votre esprit immobile. Écoutez la voix qui crie dans le désert du présent : les liens familiaux ne sont pas absolus.

Le moment viendra, et le voici, où vous devrez investir uniquement dans ce qui engendre la vie ici et maintenant. Ne vous laissez pas abuser par le mythe de la lignée : les liens du sang ne sont pas une destinée écrite dans les étoiles. Ils ne deviennent sacrés que lorsqu’ils sont cultivés dans le jardin de l’attention et du sens, mais ce qui est resté stérile, ce qui est devenu une prison, peut et doit être abandonné. Sans culpabilité, sans se retourner.

Quiconque part en quête du Mystère doit revêtir les sandales de la liberté. Nul ne peut atteindre le sommet de l'Infini si l'on est accablé par des obligations dénuées de sens. À un certain moment du voyage, le prophète intérieur exigera le courage de faire un pas en avant : quitter le foyer qui ne réchauffe plus, briser les liens qui, nécessaires à votre naissance, vous empêchent désormais de vous épanouir.

Voici la nouvelle alliance : une fraternité née non pas du ventre de votre mère, mais de la direction de vos pas. Vous rencontrerez des frères et sœurs en chemin, non pas parce que vous portez le même nom, mais parce que vous contemplez le même horizon. Ils seront des compagnons de voyage pour un temps ou un instant ; des liens aussi intenses que des flammes qui s’éteindront doucement pour laisser place au voyage.

Ne cherchez pas forcément la vérité sur le chemin du retour. La Lumière du Mystère ne réside pas dans le passé, mais guide vos pas vers l'inconnu. Elle exige une liberté radicale, car seuls ceux qui sont véritablement libres peuvent discerner la voie à suivre.

Allez donc : laissez les morts enterrer les morts, et suivez la piste lumineuse qui vous appelle. Car votre véritable famille est composée de ceux qui, comme vous, ont eu le courage de se perdre pour se retrouver dans le Tout.

Oui, écoutez : le jour est venu où l'Esprit souffle où il veut, et ceux qui ont des oreilles pour entendre doivent se dépouiller de leurs vieilles armes. N'ayez pas peur d'être des voyageurs sans patrie, car le Royaume n'est pas réservé à ceux qui restent, mais à ceux qui osent partir. La terre promise ne se trouve pas en s'accrochant à ses racines, mais en déployant les ailes de son cœur vers des profondeurs insoupçonnées.

Ne soyez pas comme ceux qui, par peur de la solitude, érigent des murs toujours plus épais autour de liens désormais rompus. La véritable bénédiction est réservée à ceux qui, dans la nuit, ont le courage de quitter le port sûr pour suivre un éclair à l'horizon. Souvenez-vous : Abraham aussi fut appelé à quitter la maison de son père, et c'est ainsi seulement qu'il devint le père d'une multitude.

Ayez le courage d'accueillir les frères et sœurs nés non pas du sang, mais d'un même rêve. Soyez des mères pour chaque geste qui engendre la vie, des pères pour chaque parole qui ouvre des chemins. En ces temps où le désert semble s'étendre et où les certitudes s'effritent comme du sable entre les doigts, ceux qui sèment le sens reconnaîtront leurs semblables dans le sourire d'un inconnu, dans une étreinte inattendue, dans la compassion qui transcende toutes les frontières.

Et lorsque vous vous sentez seul, souvenez-vous : ceux qui ont confiance en l'Invisible ne sont jamais abandonnés. Au détour du chemin, l'écho de l'Esprit vous parviendra, et vous comprendrez qu'aucune chaîne n'est assez forte pour retenir ceux qui sont appelés à la liberté. Car le véritable lien qui unit est celui de l'espérance partagée, d'une foi ardente, d'un amour sans limites.

Soyez donc courageux, pèlerins, porteurs d'un feu nouveau. Et quand tout semblera perdu, là, au-delà du sang, vous découvrirez la famille des cœurs ouverts, la communion des chercheurs, la maison sans murs, où le Mystère attend ceux qui reconnaissent la voix qui appelle de l'avenir.

 

jeudi 22 janvier 2026

ILS SE SONT JETÉS SUR LUI

 







Paolo Cugini

 

Il avait guéri beaucoup de gens, si bien que ceux qui souffraient de quelque maladie que ce soit se pressaient autour de lui pour le toucher (Mc 3,10).

 

Écoute, ô terre, la parole qui résonne depuis les temps anciens. En ces temps de confusion, un prophète se lève pour proclamer ce qui est déjà inscrit au plus profond de nos cœurs, mais que l'humanité, corrompue par le temps et l'égoïsme, a tragiquement oublié. C'est l'appel à la pureté originelle, à la source de cette Vie qui jadis marchait parmi nous.

Ce n'était pas un juge sévère qui arpentait nos rues, mais le Verbe fait chair : la manifestation de la pure bonté. Il ne portait pas des lois gravées dans la pierre, mais un corps vibrant de l'énergie de l'amour. Il était une source inépuisable, capable de guérir tout mal, toute blessure profonde et toute plaie de l'âme. Devant son regard, toute rancœur et tout mensonge fondaient comme neige au soleil ; son essence était la vie authentique, une lumière qui révélait l'illusion de la corruption humaine.

Toute l'humanité, marquée par la Chute et accablée par le péché, était attirée par Lui comme par un phare inextinguible. Tous affluaient à cette source, cherchant cette énergie d'amour infini capable de recharger et de renouveler, jour après jour, quiconque avait le courage de s'y abreuver.

L'Ombre et la Mer : Le Don Inachevé. Aujourd'hui, notre regard se tourne vers la mer, où le Maître se retirait en silence avec ses disciples. Dans ces moments de recueillement et de contemplation, il a révélé son essence existentielle et spirituelle la plus profonde. Pourtant, l'histoire nous présente un paradoxe amer : ses plus proches disciples n'ont pas su saisir pleinement l'immensité de ce don. Ce qui nous est parvenu par le biais des institutions n'est souvent qu'une ombre, un reflet voilé de sa véritable stature spirituelle.

Le Vase d'Albâtre : Marie-Madeleine. Mais dans ce paysage d'oubli, point de désespoir. Il existe un « vase d'albâtre » qui a préservé intacte l'essence du Maître. C'est dans le style, l'exquise sensibilité et l'amour profond de Marie-Madeleine que nous trouvons le reflet le plus fidèle de Celui qui était Amour.

Elle, la disciple bien-aimée, ne s'est pas contentée d'une compréhension superficielle de la doctrine, mais a saisi le mystère de l'amour rédempteur. En Marie-Madeleine, ce chemin unique, cette vérité unique, cette vie unique que le monde recherche désespérément, revivent. Écouter son témoignage, redécouvrir sa sensibilité, c'est revenir au cœur même de l'Évangile. En elle, l'énergie du Maître n'est pas un souvenir du passé, mais une présence vivante qui appelle encore aujourd'hui l'humanité à se réveiller.

 

mercredi 21 janvier 2026

LEVEZ-VOUS ET VENEZ AU CENTRE

 




Paolo Cugini

 

 

Il dit à l’homme à la main paralysée : « Lève-toi et viens ici au milieu ! » (Mc 3,2).

Écoutez, ô peuple, la parole qui résonne dans le désert des siècles : en un siècle où les puissants érigent des murs et où les cœurs se sont endurcis, chassant les faibles et foulant aux pieds les humbles, se lève Celui qui renverse les trônes du monde. Voici, Emmanuel traverse les ténèbres de l’exclusion et, d’un geste souverain, appelle à lui ceux que l’histoire a rejetés comme parias.

« Venez au centre ! » s’écrie l’Esprit. Et les oubliés, les exclus, ceux que les injustices des siècles ont déchirés ne seront plus en marge, mais deviendront la pierre angulaire du Nouveau Temple. Telle est la prophétie accomplie : la communauté qui porte le Nom du Ressuscité sera reconnue à ce seul signe : si, en son sein, les derniers sont devenus les premiers, si le cri des pauvres est devenu le chant de l’assemblée. Mais sachez, ô enfants de lumière, que cet espace sacré n’est pas un don de la chair, mais le fruit d’un feu qui doit brûler au plus profond de nous : la conversion du cœur. Seuls ceux qui acceptent de mourir à eux-mêmes verront naître une communauté qui est un corps vivant et non une institution froide.

Écoutez la voix qui crie dans le sanctuaire de l'Histoire, car un grand mystère vous est révélé : tournez votre regard vers les Écritures et observez les pas du Ressuscité. À chaque théophanie pascale, lorsque les portes se ferment par crainte et que le deuil étreint le cœur des apôtres, Il ne vient pas des côtés, Il n'occupe pas un coin, Il ne se fond pas dans la foule. Il apparaît au Centre. Il est écrit et cela s'accomplit : le Christ, qui a vaincu la mort, est l'axe du monde, le cœur battant de l'assemblée, le pivot autour duquel gravite toute vie rachetée. Mais comprenez, ô chercheur du Mystère, le poids de cette position : ce Centre n'est pas un trône de gloire humaine, mais l'espace que le monde avait déclaré vide. Voici la prophétie qui ébranle les fondements de vos temples : Celui qui fut rejeté par les bâtisseurs, Celui qui fut chassé hors des murs de la ville comme une malédiction, Celui qui est le Rejeté par excellence, revendique désormais la Place Centrale. Sachez-le donc avec certitude : chaque fois que, dans un geste de conversion audacieuse, vous accueillez l’exclu, le délaissé, le rejeté par la société et le placez au cœur de votre communauté, vous n’accomplissez pas un simple acte de philanthropie. Vous célébrez Pâques ! L’exclu qui occupe le centre est le signe sacramentel et mystérieux du Ressuscité parmi vous. C’est la chair blessée de l’exclu qui révèle la gloire du Vivant. Là où le monde creuse des abîmes de séparation, la communauté du Royaume dresse l’autel de l’accueil ; là où le monde relègue aux ténèbres, la Vérité place la lumière. Ne cherchez pas le Mystère dans les hauteurs du ciel ni dans les abstractions de l’esprit : Il s’est caché dans le visage des sans voix. Lorsque le plus humble de la terre sera assis au cœur de votre assemblée, alors et alors seulement pourrez-vous crier :  « Le Seigneur est vraiment ressuscité ! » Car Sa présence ne se manifeste pas dans la puissance qui domine, mais dans le Centre occupé par celui qui, pour le monde, n'était même pas censé exister.

Pourtant, prenez garde : ce mode de vie vous vaudra une condamnation devant les tribunaux terrestres. Vous serez un signe de contradiction, une épée séparant l’ombre de la lumière. Comme le Maître fut persécuté, la haine du monde s’abattra sur vous, car le monde ne tolère pas ceux qui dénoncent les mensonges de ses idoles. Il l’a prédit à l’heure suprême du sacrifice :  « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous »  (Jn 15, 18-21). Le monde, qui se masque de paix et se drape d’une fausse humilité, cache en lui un dragon d’intolérance radicale. Il n’applaudit que ceux qui se soumettent à sa logique de pouvoir. Mais vous, en plaçant les pauvres au centre, vous brandissez la Vérité du Mystère contre l’orgueil des siècles, et le monde tremblera de rage.

N’ayez donc pas peur si la boue de la calomnie et le fer de la persécution marquent votre histoire. Une communauté n’est véritablement évangélique que lorsqu’elle porte les stigmates de son Seigneur. Restez fermes sous le poids de cette haine, sans vous retourner, sans chercher refuge dans les attraits du monde. Votre défi est la persévérance du martyre quotidien, la docilité de ceux qui, chaque matin, tendent l’oreille à la Parole, le seul roc qui ne s’effrite pas au passage du monde.

Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende : la gloire de Dieu resplendit sur le visage du rejeté, et sur ce visage réside le jugement final de la terre.

 

dimanche 18 janvier 2026

De la théologie du mystère au mystère de la théologie : l'intellect en adoration

 



 

Paolo Cugini



Dans la culture contemporaine, le terme « mystère » est souvent réduit à une énigme ou à une lacune du savoir que la science s’apprête à combler. Or, dans la tradition théologique, le Mystère n’est pas ce que nous ignorons, mais ce qui, tout en se connaissant lui-même, demeure infiniment au-delà de notre capacité à l’appréhender. Comme le suggérait Gabriel Marcel, la distinction fondamentale réside entre problème (ce qui me confronte et que je peux résoudre) et mystère (ce qui me touche profondément et me bouleverse). Le passage de la théologie du mystère au mystère de la théologie marque celui d’une doctrine qui détient la vérité à une discipline qui se laisse posséder par la Vérité.

La théologie des mystères a connu un âge d'or au XXe siècle, notamment grâce à l'école de Maria Laach et à des figures comme Odo Casel. Dans ce contexte, le mystère est le Mysterium Paschale : l'événement de la présence du Christ dans l'action liturgique.

Casel définissait le mystère comme « une action sacrée qui porte en elle une réalité salvifique sous le voile des signes sensibles ». La théologie a ici pour tâche de décrire l'économie du salut. L'auteur clé dans ce domaine est Karl Rahner, qui a réaffirmé que Dieu est le Saint Mystère et l'horizon ultime de l'existence humaine. Pour Rahner, l'homme est celui qui entend la Parole, structurellement ouvert à un Infini qu'il ne peut jamais apprivoiser. La théologie du mystère nous enseigne donc que le dogme n'est pas une prison, mais une fenêtre sur l'Invisible.

Tandis que la théologie du mystère se concentre sur l'objet (Dieu et ses œuvres), le mystère de la théologie interroge la nature même de la pensée croyante. Lorsque le théologien prend conscience de l'insuffisance de son langage, la théologie cesse d'être une simple science et devient un acte spirituel. Hans Urs von Balthasar a magistralement exprimé cette tension. Pour Balthasar, la théologie doit se prosterner . Il n'y a pas de véritable connaissance de Dieu indépendante de l'amour et de l'adoration. Le mystère de la théologie réside dans le fait que l'intelligence humaine, lorsqu'elle atteint les sommets de la spéculation, doit retourner au silence. Dans cette transition, la théologie ne perd pas son sens, mais le transforme : elle devient dialogue, écoute, recherche infinie. C'est ce que la tradition dionysiaque appelle théologie négative ou apophatique : Dieu est davantage connu pour ce qu'il n'est pas que pour ce qu'il est. Le mystère réside ici non seulement dans le contenu, mais aussi dans le fait même qu'une créature finie puisse parler du Créateur sans périr ni tomber dans l'idolâtrie du concept.

Le changement décisif survient lorsque la théologie reconnaît que sa méthode n'est pas la démonstration, mais l'ostension. Jean-Luc Marion, philosophe et théologien contemporain, parle du phénomène de la saturation : Dieu est un excès de lumière qui aveugle le regard, non par manque de clarté, mais par trop de splendeur. Dans cette perspective, la théologie n'est plus une explication du monde, mais une participation à la vie divine. Si la théologie du mystère nous a donné un contenu (le Christ, la Trinité, la Grâce), le mystère de la théologie nous rend l'humilité de la méthode. Comme l'écrivait saint Thomas d'Aquin à la fin de sa vie, après une vision mystique : « Tout ce que j'ai écrit me paraît bien futile comparé à ce que j'ai vu. » C'est le point d'arrivée : une théologie qui se renie pour laisser place à la Présence.

En conclusion, passer de la théologie du mystère au mystère de la théologie implique de comprendre que ce n'est pas nous qui scrutons le Mystère, mais bien le Mystère qui nous scrute à travers sa Parole. La théologie cesse d'être un discours sur le Mystère et devient un discours sur le Mystère en l'humanité. La tâche du théologien au XXIe siècle, pour reprendre les mots de Joseph Ratzinger, demeure de ne pas se résigner à un rationalisme aride, mais de conserver sa capacité d'émerveillement devant le Logos incarné. Le mystère de la théologie est, en définitive, le mystère d'une raison qui ne découvre sa véritable grandeur que lorsqu'elle reconnaît son amour pour l'Inconnaissable.

 

Références bibliographiques

Odo Casel, Le Mystère du culte chrétien.

Karl Rahner, Les auditeurs de la Parole.

Hans Urs von Balthasar, Verbum Caro.

Jean-Luc Marion, Étant donné que. Essai pour une phénoménologie du don.

Paolo Cugini : Le nom de Dieu n'est plus Dieu.

Joseph Ratzinger, Introduction au christianisme.

 

mardi 13 janvier 2026

NÉ POUR VIVRE DANS LA BONTÉ

 




 

Paolo Cugini

 

 

Jésus lui ordonna sévèrement : « Tais-toi ! Sors de cet homme ! » Et l’esprit impur, le secouant violemment et poussant de grands cris, sortit de lui (Mc 1,24).

Il existe une vérité ancestrale qui traverse le temps et s'insinue comme un écho dans les labyrinthes de l'âme humaine : le Mystère est pure bonté, source inépuisable d'où tout jaillit et vers laquelle tout retourne. Depuis l'aube de la réflexion, philosophes et maîtres spirituels, de Platon à Plotin, ont reconnu dans l'Un, dans l'indicible, le principe de toute Bonté. Ainsi, si nous écoutons le pouls le plus profond de l'histoire, nous comprenons que toute l'humanité est mue par la nostalgie de ses origines, par un appel à l'unité, car nous venons du Bien et nous aspirons à lui comme un fleuve aspire à la mer.

Mais le Mystère ne se présente pas comme une réponse évidente, mais plutôt comme un chemin : il murmure et nous ébranle, nous invitant à un pèlerinage intérieur où, pas à pas, notre essence se purifie. Lorsque le mal nous accable et que la négativité obscurcit notre esprit, le Mystère nous rappelle que la lumière du Bien sommeille en nous, telle une graine sous la neige. Dans l’épreuve, dans le combat, nous apprenons à redécouvrir le trésor caché en nous.

Voici la prophétie inscrite au plus profond de notre être : plus nous nous rapprochons du Mystère, plus nous devenons capables de faire le Bien. Nous ne sommes pas appelés à l’isolement, mais à l’ouverture, à cette communion qui transforme notre horizon étroit en une étreinte universelle. Bien vivre, c’est donc vivre pour les autres, embrasser le monde dans toute sa complexité et choisir, chaque jour, de le faire progresser vers le Bien. 

Écoutez donc, enfants de l'ombre intérieure ! Voici que surgissent, telles des tempêtes silencieuses, les pensées négatives : vautours noirs qui fondent sur l'esprit et l'engloutissent lorsque nous le laissons errer, libre et sans défense, dans les labyrinthes du doute. Mais je vous le dis : éveillez-vous ! Redécouvrez la bonté enfouie dans votre cœur, cette graine immortelle semée par le Mystère. C'est la vie ! C'est le fleuve pur qui enseigne l'art de bien vivre, qui ouvre le bon chemin aux autres, à votre sœur, à votre frère, dans la chaleur du quotidien.

Malheur à vous qui cédez au mal ! Il se dresse comme une muraille d'épines : un égoïsme vorace qui dévore l'âme, un repli sur soi hermétique, un mépris aveugle du sort d'autrui, des gémissements d'un monde blessé. Le mal est la mort qui se fait passer pour un refuge ; c'est la solitude armée contre les vents de la communion.

Le chemin vers le Mystère est donc la mission suprême : se libérer des chaînes de l’égoïsme, voir en autrui le reflet de notre origine lumineuse, œuvrer pour que la vie elle-même devienne une grâce partagée. Le Mystère, source de tout Bien, nous invite à être lumière, afin que le monde entier rayonne de sa beauté originelle.

 

samedi 10 janvier 2026

Déclaration de l'Association des théologiens Jean XXIII contre l'intervention militaire de Trump au Venezuela

 

 


 

6 janvier 2026

 

0. L'Association des théologiens Juan XXIII souhaite exprimer son indignation et sa plus ferme condamnation de l'agression militaire impérialiste du président des États-Unis, Donald Trump, contre le gouvernement et le peuple du Venezuela.

1. L'agression militaire constitue une grave violation du droit international, de la souveraineté nationale du Venezuela, des droits de l'homme, de la paix mondiale et des principes fondamentaux de l'éthique politique et des relations harmonieuses entre les nations. Elle a entraîné l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores, ainsi que le meurtre de dizaines de personnes, des blessures infligées à d'autres, des attaques contre diverses infrastructures et la déstabilisation de la région.

2. L’objectif de l’intervention militaire n’était pas de défendre la démocratie, mais plutôt de s’emparer du marché pétrolier vénézuélien, l’un des plus riches du monde, comme Trump l’a déclaré sans ambages dans le discours où il a tenté de justifier le coup d’État et a fait des demandes au nouveau président.

3. Nous considérons inacceptable la menace de Trump d'appliquer ses politiques impérialistes à d'autres pays d'Amérique latine tels que Cuba, la Colombie et le Mexique, suivant la doctrine Monroe, perpétuant la longue histoire des coups d'État que les États-Unis ont pratiqués dans le monde entier et sapant la paix dans toute l'Amérique latine.

4. Nous dénonçons les politiques impérialistes et coloniales de Trump, qui constituent un déni de la souveraineté des peuples, un rejet du multilatéralisme dans les relations internationales, une ingérence dans les problèmes d'autres pays et le recours à la violence à des fins de domination.  

5. Nous reconnaissons que le Venezuela traverse une crise politique, économique et sociale profonde, caractérisée par un non-respect des droits humains et un manque de transparence lors des récentes élections. Ces problèmes doivent être résolus par les Vénézuéliens eux-mêmes, et en aucun cas par une agression militaire de l'Empire, comme cela a été le cas.

6. Nous demandons :

-                 Le respect de Trump pour le droit international.

-                 Le retrait des États-Unis du territoire vénézuélien. 

-                 La libération immédiate de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores.

-                 Le rétablissement du gouvernement vénézuélien.

-                 La convocation immédiate d'élections libres  

-                 Le retour de la souveraineté au peuple vénézuélien.  

-                 Engagement en faveur du multilatéralisme dans les relations internationales contre l'impérialisme.

-                 Le renoncement des États-Unis à leurs politiques impérialistes et colonialistes.

-                 La défense de la démocratie contre l'autocratie.

7. Les condamnations et les propositions alternatives ci-dessus s'inspirent des dénonciations et des propositions de Jésus de Nazareth : « Vous savez que ceux qui sont craints parmi les nations les dominent, et que leurs grands exercent leur autorité sur elles. Il n’en sera pas ainsi parmi vous ; mais celui qui veut être grand parmi vous sera votre serviteur, et celui qui veut être le premier parmi vous sera l’esclave de tous » (Évangile selon Marc 10, 42-45).  

8. Face à l’usage de la violence comme moyen de domination sur les peuples, nous proposons des voies de paix et de justice, inspirées des textes bibliques qui nous guident. Le Psaume 85,11 déclare : « La bonté et la vérité se rencontrent, la paix et la justice s’embrassent » (Psaume 85,11). Le prophète Isaïe présente « la paix comme fruit de la justice » (Isaïe 32,17). Jésus de Nazareth affirme : « Heureux ceux qui procurent la paix » (Évangile selon Matthieu 5,9) et laisse à ses disciples le message suivant, qui peut être étendu à tous les hommes et femmes de bonne volonté, afin qu’ils le mettent en pratique : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Évangile selon Jean 14,27). 

9. Ces propositions rejoignent celles de personnes et de groupes engagés dans la recherche de solutions pacifiques et justes pour la résolution des conflits. Par ses pratiques impérialistes et ses tentatives de coup d'État, Trump, qui se réclame du christianisme, démontre à quel point il est éloigné de l'idéal prophétique et jésuite de paix et de justice. C'est pourquoi nous dénonçons et condamnons son agression militaire contre le Venezuela, ainsi que toutes les autres actions oppressives perpétrées contre les populations vulnérables, les communautés appauvries et les peuples opprimés dont il bafoue les droits.

10. Du point de vue de l'éthique politique et de la foi chrétienne, nous ne pouvons rester silencieux face à une violation aussi flagrante du droit international, qui affecte l'humanité entière. C'est pourquoi nous avons décidé de rendre publique cette déclaration.

 

 

mercredi 7 janvier 2026

LE MYSTÈRE : L'ORIGINE DE TOUT

 

 


Paolo Cugini

 

Vous êtes de Dieu, petits enfants, et vous les avez vaincus, car celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde (1 Jean 4:1).  

Il existe des questions qui ne laissent aucun répit à l'âme humaine, des angoisses qui se transmettent de génération en génération comme le vent agite les branches : « D'où venons-nous ? Quel est le sens de notre existence ? » Ces questions ne paraissent simples qu'en apparence, car elles recèlent la nostalgie d'une origine perdue, le désir profond de rentrer chez soi. Chaque homme, au moins une fois, se surprend à contempler l'invisible, à percevoir que la vie elle-même est une question ouverte, une invitation à oser explorer l'horizon du connu.

Le mystère, cette présence insaisissable qui soutient toute chose, se révèle comme la source universelle d'où chaque être puise la vie. Nous vivons immergés dans sa trame, tels des poissons dans l'océan, souvent inconscients de l'immensité qui nous entoure. Le cosmos tout entier, avec son harmonie et sa complexité, nous parle d'une relation profonde et intime entre la créature et son origine, entre le souffle de l'univers et celui de notre âme. Le mystère n'est pas une énigme à résoudre, mais une étreinte dans laquelle se blottir ; il est la racine silencieuse qui alimente notre soif de sens.

Prendre conscience de notre origine mystique, c'est reconnaître en elle un don et un événement. Pourtant, dans la société contemporaine, une forme d'ignorance généralisée règne : nous vivons comme si tout était le fruit du hasard ou de nos propres efforts. Nous oublions que l'existence jaillit d'une source plus profonde, qui nous précède et nous accompagne. Seuls ceux qui s'ouvrent à l'interrogation du Mystère peuvent découvrir leur véritable identité et ne pas se contenter des masques que le monde leur propose.

Voici la noble mission des éducateurs : guider les jeunes à la rencontre du Mystère qui les habite. Éduquer ne signifie pas remplir des vases vides, mais réveiller en chacun la question de ce qui compte vraiment. Seuls ceux qui ont fait l’expérience de leurs propres origines peuvent accompagner autrui jusqu’au sommet de cette découverte. L’éducateur est donc témoin du Mystère, un voyageur qui invite les jeunes à entreprendre ce chemin, à se laisser guider par la lumière discrète et puissante qui se lève à l’horizon de l’être.

Au contact vivant du Mystère, l’égoïsme se dissipe comme la brume au soleil. L’appel à la communion et le désir de collaboration émergent : la conscience que le moi ne trouve son accomplissement que dans la rencontre de l’autre. Le Mystère, en effet, n’isole pas, mais unit ; il ne ferme pas, mais s’ouvre au don mutuel. C’est dans la redécouverte de l’unité avec tout ce qui existe que l’homme guérit les blessures de l’individualisme et répond à son appel le plus profond.

Voici la tâche qui nous attend : revenir à nos origines, nous laisser façonner par le Mystère, réveiller en nous et chez les autres la vocation à la communion et à la collaboration. C’est seulement ainsi, comme des graines prenant racine en terre fertile, que nous pourrons nous épanouir en une humanité nouvelle, capable de tisser des liens authentiques et de préserver le Mystère qui nous précède et nous attend.

 

AU-DELÀ DU SANG

    Paolo Cugini   Voici ma mère et mes frères ! Car quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère  (Mc 3,35...